LETTRE OUVERTE à M. MALVY, président du comité de bassin Adour Garonne. par Liliane Réveillac

LETTRE OUVERTE à M. MALVY, président du comité de bassin Adour Garonne.
Monsieur Martin Malvy,
En tant que président du comité de bassin de l’Agence de l’Eau Adour -Garonne et Lotois, je me devais de
vous interpeler car vous ne pouvez pas ignorer la menace qui pèse sur notre ressource en eau.
L’enquête publique pour l’extension de la carrière de Livernon en 2016 est à l’origine de ma découverte de la
problématique EAU en milieu karstique. Depuis, je travaille sur cette thématique dont celle liée à l’usine de
méthanisation de Gramat.
Il suffit de parcourir les analyses d’eau dans le Lot, fournies par l’ARS, pour découvrir que de nombreuses
communes n’ont pas une eau potable de qualité. Madame C. Ferrier, ancienne préfète du LOT, l’avait
plusieurs fois signalé aux élus.
Les évènements les plus récents et spectaculaires sont ceux qui ont touché Cahors, en novembre 2016 et
mars 2017. Ce dernier épisode qui a privé les habitants d’eau potable pendant 10 jours, était dû à un
parasite, provenant d’un épandage de fumier ou lisier sur l’aire d’alimentation des Chartreux. Résistant à la
désinfection habituelle par le chlore, il illustre l’extrême fragilité de notre ressource en Eau.
Cette ressource, très abondante mais souterraine est située dans un sous-sol calcaire (ou karst) à la fois
singulier et fragile. En effet, ce karst, très fissuré et fracturé, est recouvert sur une grande partie du
territoire, par une épaisseur de terre inférieure à 20 cm, qui n’a donc aucune propriété filtrante.
Or dans le SDAGE Adour-Garonne, les eaux souterraines qui occupent la quasi-totalité du LOT, sont situées
dans une Zone à préserver pour le Futur (ZPF). Il ne faut pas oublier le Ségala, qui, bien que non calcaire, est
le château d’eau de l’Ouysse qui alimente 70% de la population du LOT en eau potable.

Si l’air du Lot est pollué par la combustion du bois, l’eau est essentiellement polluée par l’agriculture et les
assainissements, ce que confirme le SAGE Célé (schéma d’aménagement et de gestion des eaux).
En 1999, A.Tarrisse et J.N.Salomon s’inquiétaient déjà de la pollution des eaux souterraines par les élevages
intensifs, non adaptés à ce territoire. Ils rappellent que la pollution d’un bovin est égale à 10 équivalents
habitants (eqh), un ovin à 2,7 eqh, une volaille 0,1eqh. Or il y a dans le Ségala un élevage de 400 bovins soit
4000 équivalents habitants en pollution mais aussi en besoin d’épuration !
Nos sols maigres, peu épais peuvent-ils retenir l’azote, mais aussi neutraliser les germes, les biocides, les
antibiotiques, les métaux lourds, les perturbateurs endocriniens contenus dans les lisiers et digestats ? Ces
micropolluants peuvent être responsables de pathologies lourdes quand elles touchent le fœtus ou l’enfant
(Pr. Demeneix « le cerveau endommagé »)
Notre terre laisse passer tous les liquides qui se retrouveront dans les eaux souterraines Riches en matières
organiques, celles-ci sont chlorées à fortes doses. Or cette chloration engendre elle aussi des sous-produits
cancérigènes et des perturbateurs endocriniens (Thèse de N. COSTET-DEIBER 2013).
La découverte, que les eaux brutes souterraines qui alimentent la quasi-totalité du LOT en eau potable,
sont très vulnérables, m’a incitée à rechercher les moyens de protection existants ?
Grâce à une association Franche comtoise, je découvre que les experts hydrogéologues des Agences de l’eau
(où des sols karstiques existent) ont édité en 2011, un Guide pratique « Stratégies de protection des
ressources karstiques utilisées pour l’eau potable ».
http://oai.eau-adour-garonne.fr/oai-documents/59111/GED_00000000.pdf

Ce guide préconise de favoriser l’agriculture biologique et la restriction voire l’interdiction des intrants
(engrais).
J’y lis aussi que « le Parc naturel des Causses du Quercy a pris la maîtrise d’ouvrage d’études
hydrogéologiques visant à délimiter les aires d’alimentation des captages et des sources karstiques et a
participé activement à la réalisation de tests de la méthode PaPRIKa (cartographie de la vulnérabilité)
Mais de nombreuses questions subsistent :
Pourquoi mes lettres à la direction de l’agence sont-elles restées sans réponse, alors qu’elles demandaient
simplement si ce guide était applicable dans le LOT ? Pourquoi ne le trouve -t-on pas sur le site de l’Agence
Adour -Garonne ?
Pourquoi le PNRCQ qui est dans le comité de Pilotage du projet du méthaniseur de GRAMAT depuis 2012,
n’a-t-il jamais fait référence à ce guide pour imposer des traçages sur le site de Gramat, et sur les sites de
stockages délocalisés qui n’ont pas eu d’études d’impact alors que tous sont situés en zones très vulnérables
(zone d’affaissement, doline, faille majeure, ruisseau) ?
Pourquoi n’a-t-il pas sollicité l’avis de son comité scientifique où siège M.A.Tarrisse et d’autres scientifiques
compétents.
Il donnera un avis minimaliste !
Pourquoi la CLE (commission locale de l’eau) du SAGE CELE n’a-t-elle pas donné son avis, alors que plusieurs
centaines d’hectares du Ségala et du Causse seront épandus. En revanche, la CLE a demandé et obtenu un
traçage pour l‘extension de la carrière de Livernon car située dans la ZPF.

Grâce à la même association, j’ai eu accès à un autre guide : celui des épandages des effluents en milieu
karstique dans le DOUBS.
http://v1.comte.com//upload/mediatheque/documents_pdf/gestion_des_effluents_en_milieu_karstique
_2015-.pdf
Dans ce département, tous les partenaires institutionnels (Etat, Région, Département) mais aussi l’agence de
l’eau RMC et la chambre d’agriculture ont élaboré ce guide qui protège l’eau et la production du COMTE,
tout en valorisant les déchets agricoles parce qu’adaptés au sol qui les reçoit.
Il vaut mieux protéger la ressource plutôt que payer la dépollution de l’eau à un prix exorbitant. Cela ne sera
pas supportable pour les personnes à revenus modestes, et les agriculteurs-éleveurs et impactera le
tourisme, aussi je me permets de vous solliciter, en tant que président du bassin Adour-Garonne, pour réunir
institutionnels et experts, afin d’élaborer un guide similaire à celui du DOUBS mais adapté au sol karstique
très singulier du LOT.
Le respect de ce guide par les agriculteurs aurait le mérite de protéger l’EAU, la Biodiversité et la qualité de
VIE de tous les Lotois, mais aussi d’éviter les affrontements agriculteurs et NON agriculteurs.
La méthanisation doit se développer car notre société produit trop de déchets : mais dans le Lot, celle avec
digestat brut, n’est pas adaptée. D’autres solutions NON toxiques pour nos sol et eau, existent !

Le LOT parce qu’il est singulier, se doit d’être ORIGINAL et EXEMPLAIRE dans le respect de
l’environnement.
Dans l’espoir d’être entendue, acceptez mes respectueuses salutations.

 

Liliane Réveillac